Ô règle d’or !
« Les dépenses absolument nécessaires pour la subsistance de l’État étant assurées, le moins qu’on peut lever sur le peuple est le meilleur ».
Quelle belle leçon de finances publiques ! Ah, si seulement nos dirigeants s’inspiraient de cette citation de Richelieu ? Diantre, mais la France de Richelieu n’est pas la France de 2012 !
Depuis quelques mois, le Président de la République et l’ensemble de la majorité à l’Assemblée nationale n’ont plus que ces trois mots à la bouche : « règle d’or ». Serait-ce donc une recette miracle qui permettrait à la France de renouer avec la croissance et le plein emploi, de tendre vers un excédent budgétaire? Malheureusement non, rien de miracle et rien de plus absurde que cette règle d’or.
En théorie, cette règle d’or n’est que vertu promettant des lendemains chatoyants. En effet, inscrire LA « règle d’or dans la Constitution permettrait de protéger les générations futures de la dette et renforcer la crédibilité budgétaire de la France (à supposer que nous soyons encore crédibles), et en réalité, sa souveraineté (enfin du bon sens) ».
Admettons que le gouvernement est plein de bonnes intentions. Mais alors, il suffirait donc d’un simple article dans la Constitution pour que la France retrouve le chemin de la vertu ? En réalité, et vous verrez que c’est bien plus drôle que cela, la règle d’or permettra de canaliser la vigueur dépensière de nos responsables politiques (non, ne relisez pas vous avez bien lu responsables). Il faut tout de même préciser que depuis 1974 pas un seul gouvernement n’a adopté un budget en équilibre ! Il serait donc temps de se réveiller et d’appliquer les bases les plus élémentaires de gestion que tout ménage français (n’ayant pas fait l’ENA et n’ayant pas de bac+5 en économie) doit appliquer au quotidien. Les bases? Mais Pauvre peuple ignorant de la chose publique que nous sommes! La France n’est pas une ménagère ! L’Etat n’est pas une entreprise ! Ne savez-vous pas que vos qu’il faut arroser d’argent – public de préférence – telle ou telle catégorie de l’électorat pour continuer à gouverner entre amis? Nous n’avons pas étudié dans les grandes écoles ni passez des décennies au service de l’Etat pour appliquer de simples règles de gestion.
Mais passons, après des années à dépenser des valises de billets sans compter, il faut désormais être un peu sérieux et adopter une règle qui montrera à ces bons électeurs que nous pensons à eux et à leurs enfants, qui devront la modique somme de 25.000€, autrement dit une bouchée de pain.
Mais revenons au sujet. Cette règle d’or a déjà été adoptée par 90 pays (qui apparemment sont plus en formes que la France…) dont l’Allemagne. Ah l’Allemagne, modèle parmi les modèles. A pas grand-chose du plein emploi, quasi retour à l’équilibre budgétaire, un excédent commercial à faire pâlir les pays émergents…bref un modèle disais-je. Nos dirigeants voudraient donc nous faire croire que, puisque l’Allemagne a fait inscrire une règle d’or dans sa loi fondamentale, nous devrions en faire autant. Si l’Allemagne l’a fait, alors pourquoi pas nous ? C’est pourtant oublier que si notre partenaire d’outre Rhin s’en sort mieux que nous en cette période de crise, ce n’est pas à cause de cette fameuse règle d’or mais parce que les dirigeants allemands et en particuliers Gerhard Schröder n’a pas eu peur de mettre son mandat en jeu (et n’a d’ailleurs pas été reconduit) pour mettre l’Allemagne sur le chemin de la réforme et de la prospérité (même si tout n’est pas parfait). Bref, en France, nous devons remonter au général de Gaulle pour avoir un tel exemple de courage politique, celui-ci « menaçant » de démissionner en cas d’échec. Pour résumer, si l’Allemagne est aujourd’hui la première économie européenne ce n’est pas grâce à la règle d’or mais grâce à des réformes structurelles courageuses et nécessaires.
Fort heureusement, nous avons en France des politiques censés ! Les socialistes refusent cette règle d’or et ils n’ont pas tort. Ils sont les seuls à savoir que celle-ci ne règlerait rien aux problèmes de la France et qu’eux seuls détiennent la vérité et proposent les mesures nécessaires au rétablissement de la France. Bon, trêve de lyrisme, ils ne la refusent que par pure opposition partisane. En réalité, ils ne veulent pas de la règle d’or de « Sarkozy » mais plutôt leur règle d’or (parce qu’il existe plusieurs règle d’or ?!). La règle d’or n’est qu’un épouvantail car notre pays et l’Europe n’ont pas besoin de cette règle puisqu’elle existe déjà au niveau européen. Et oui, le pacte de stabilité (ne pas dépasser 3% de déficit public, 60% de dette publique, etc.) n’est rien de moins qu’une règle d’or que tous les gouvernements successifs (de droite comme de gauche, de Jospin à Raffarin) ont piétiné allègrement. Alors certes, une règle d’or inscrite dans la Constitution permettrait de censurer une loi de finances qui ne respecterait pas cette règle, pourtant, les traités internationaux, signés et ratifiés par les Etats devraient suffire, ces derniers s’appliquant et s’imposant aux Etats signataires, donc nul besoin de voter cette sacrée règle d’or.
Finalement tous les politiques passent à côté des véritables problèmes de la France. Le débat stérile autour de l’application ou non de cette règle ne fait que détourner l’attention des véritables problèmes que connait la France : crise de compétitivité, inflation législative, immobilisme politique et j’en passe. Notre pays a tous les atouts pour redevenir une grande puissance. Que nos dirigeants fassent les réformes structurelles nécessaires, qu’ils ne se préoccupent pas de savoir s’ils seront réélus ou pas (il faut bien rêver un peu non ?). Après tout, « La raison d’être du pouvoir est d’agir, pas de durer » (N.Sarkozy).
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